Enregistrer une voix chez soi : la méthode, de la pièce au fichier

Pour enregistrer une voix chez soi, choisissez la pièce la plus meublée de la maison, placez du tissu derrière le chanteur plutôt que derrière le micro, chantez à une vingtaine de centimètres d'un micro cardioïde équipé d'un filtre anti-pop, et réglez le gain pour que les passages les plus forts culminent vers -10 dBFS. Enregistrez la voix sèche, sans effet imprimé, en WAV 24 bits. Avec ces quelques règles, une chambre donne des prises qui se mixent bien.
La méthode ci-dessous suit l'ordre d'une séance, de l'installation à l'envoi des fichiers. Elle vaut pour un micro à 100 € comme pour un micro de studio. Le matériel compte moins que la pièce et la façon de s'en servir.
1. Choisissez la pièce, et l'endroit dans la pièce
Une voix enregistrée dans une pièce vide et carrelée garde une petite réverbération métallique qu'aucun plugin ne retire proprement. Au mixage, on peut ajouter de l'espace à une voix sèche, jamais en enlever à une voix qui résonne. La pièce passe donc avant le micro.
Prenez la pièce qui contient le plus de choses molles : une chambre avec un lit, des rideaux, une armoire pleine de vêtements. Le dressing donne souvent de bonnes prises de voix, parce que les vêtements absorbent les réflexions.
Dans la pièce, évitez le centre exact et les coins. Placez-vous à un mètre au moins des murs nus. Faites un test simple, frappez dans vos mains et écoutez. Si un écho métallique traîne après le claquement, cherchez un autre endroit ou ajoutez du tissu.
Coupez enfin tout ce qui ronronne sans qu'on y pense : ventilateur de l'ordinateur poussé à fond, frigo de la pièce voisine, VMC, radiateur qui claque. Le micro les entend mieux que vous, et le bruit de fond remonte quand la voix est compressée au mixage.
2. Mettez l'absorption derrière le chanteur
Voici une erreur fréquente en home studio. Les écrans acoustiques en arc vendus pour les voix se fixent derrière le micro, et beaucoup de gens s'en contentent. Or un micro cardioïde capte surtout ce qui arrive devant lui et rejette ce qui vient de l'arrière. Ce qui arrive devant lui, en dehors de la voix, c'est le son qui rebondit sur le mur situé dans le dos du chanteur.
Accrochez donc une couette épaisse, une couverture de déménagement ou un rideau lourd derrière la personne qui chante, à hauteur de tête. Si vous avez un écran derrière le micro, gardez-le, il aide aussi. Mais la couette dans le dos fait souvent plus de différence que lui.
Côté micro, un modèle dynamique capte moins la pièce qu'un statique (on dit aussi micro à condensateur), parce qu'il demande qu'on chante plus près. Dans une pièce qui résonne beaucoup, c'est un argument sérieux en sa faveur. Dans une pièce calme et bien meublée, un statique donne plus de détail.
3. Placez le micro et réglez la distance
Le micro se place à hauteur de bouche ou un peu au-dessus, tourné vers elle. Le filtre anti-pop se met à quelques centimètres devant la capsule, et le chanteur se tient à une distance stable derrière lui.
Avec un micro statique, partez sur 15 à 20 cm, soit à peu près la largeur d'une main ouverte. Avec un dynamique, on chante plus près, à quelques centimètres seulement. Plus on se rapproche, plus le grave de la voix gonfle. Ce phénomène s'appelle l'effet de proximité, et Shure l'évalue à 6 à 10 dB de grave en plus sous 100 Hz quand les lèvres sont à quelques millimètres d'un SM58. Un peu d'effet de proximité donne du corps à une voix grave. Trop, et la voix devient sourde et boueuse.
La distance doit surtout rester la même d'une prise à l'autre. Si le couplet est chanté à 15 cm et le refrain à 40 cm, les deux n'ont pas le même timbre et le mixage passe du temps à les raccorder. Un repère au sol en ruban adhésif, à l'endroit où se posent les pieds, règle le problème.
Une exception utile : sur les passages criés, le chanteur peut reculer d'une dizaine de centimètres ou tourner légèrement la tête. Ça évite la saturation du micro et ça limite les écarts de volume.
4. Réglez le gain d'entrée
Le gain se règle sur la carte son, pendant que la personne chante le passage le plus fort du morceau, à pleine voix, comme elle le chantera vraiment. Pas en chuchotant « un, deux » dans le micro.
En 24 bits, visez des crêtes autour de -12 à -10 dBFS sur ce passage fort, avec une moyenne plus basse. Le 24 bits offre une plage dynamique si large qu'enregistrer un peu bas ne coûte rien. Enregistrer trop fort, en revanche, peut coûter la prise. Une saturation numérique, quand le signal touche 0 dBFS, ne se répare pas au mixage. On entend un craquement, et la seule solution est de rechanter le passage.
Réglez le projet en 44,1 ou 48 kHz, 24 bits, et gardez le même réglage pour toutes les prises du morceau.
5. Écoutez-vous au casque sans latence
Le chanteur a besoin de s'entendre, avec la musique. Prenez un casque fermé, qui laisse peu fuir le son vers le micro. Au studio, je travaille avec un Beyerdynamic DT 770 PRO, un modèle fermé, et le choix d'un casque pour enregistrer est détaillé dans le comparatif de casques de studio. Un casque ouvert ou des écouteurs trop forts laissent passer le clic et l'instru dans le micro, et cette fuite devient gênante dès qu'on compresse la voix.
Si la voix arrive en retard dans le casque, même de quelques dizaines de millisecondes, chanter en place devient pénible. Deux remèdes existent. Baissez la taille du tampon audio (buffer) de la carte son à 64 ou 128 échantillons pendant l'enregistrement, quitte à la remonter pour le mixage. Ou utilisez l'écoute directe (direct monitoring) de la carte son, qui renvoie la voix au casque avant qu'elle passe par l'ordinateur.
Certains chanteurs préfèrent garder une oreille à moitié dégagée du casque, pour entendre leur voix directement dans la pièce. Dans ce cas, baissez un peu le volume du casque, sinon la fuite vers le micro augmente.
6. Enregistrez la voix sèche
Vous pouvez mettre de la réverbération ou de l'autotune dans le casque pour aider le chanteur. Mais ce qui s'enregistre doit rester la voix brute, sans effet imprimé dans le fichier. Une réverbération imprimée ne s'enlève plus, et un autotune réglé à la va-vite pendant la prise fige des erreurs de note qu'on ne peut plus corriger proprement.
Dans FL Studio, où l'autotune se met souvent sur la piste de la voix dès la prise, vérifiez que l'enregistrement se fait bien avant l'effet. Si l'autotune fait partie du son voulu, notez simplement le réglage utilisé et la tonalité du morceau : le mixage de la voix rap commence justement par cette étape, sur une voix sèche.
Même logique pour la compression et l'égalisation à l'entrée. Sur une carte son de home studio, laissez-les de côté. Une compression trop forte à l'enregistrement ne se défait pas.
7. Faites plusieurs prises entières, puis les corrections
Enregistrez trois ou quatre prises complètes du morceau, chacune sur sa propre piste, avant de reprendre des passages isolés. Les prises entières gardent l'élan de l'interprétation, et on pourra choisir la meilleure phrase dans chacune.
Ensuite seulement, reprenez les mots ratés, en vous plaçant au même endroit, à la même distance, avec le même gain. Une correction enregistrée le lendemain avec le micro déplacé s'entend presque toujours, parce que le timbre et la pièce ont changé.
Avant de ranger le micro, enregistrez une dizaine de secondes de silence, sans bouger. Ce bruit de la pièce seule sert de modèle aux outils de réduction de bruit si un souffle doit être retiré au mixage.
8. Écoutez, rangez et envoyez les pistes
Réécoutez chaque prise seule, au casque, en cherchant les saturations, les claquements de pied de micro et les « p » qui explosent malgré l'anti-pop. Il vaut mieux refaire une phrase ce soir que de découvrir le problème au mixage.
Exportez ensuite chaque piste de voix en WAV 24 bits, toutes avec le même point de départ que l'instru, en nommant chaque fichier clairement (lead, double refrain, back, adlibs). La méthode est la même que pour les autres instruments, voir le guide de l'export multipiste. Ajoutez une ligne sur le matériel et la pièce utilisés (micro, carte son, chambre ou dressing). C'est une information que je demande avant chaque mixage, parce qu'elle explique une bonne partie de ce qu'on entend dans la prise.


