Masteriser un EP : titre par titre ou d'un bloc ?

Un EP se masterise d'un bloc, par la même personne, avec tous les titres sous les yeux. Chaque morceau garde son propre réglage, car une ballade et un titre rapide ne demandent pas le même traitement, mais les décisions se prennent en les écoutant les uns à côté des autres. Masteriser les titres un par un, à des semaines d'écart et sans repère commun, donne presque toujours un disque où le volume et la couleur changent d'une plage à l'autre.
Le titre par titre se défend pourtant dans certains cas, et quelques précautions évitent les mauvaises surprises au moment de rassembler les morceaux.
Ce que le mastering d'un EP ajoute au mastering d'un titre
Sur un single, l'ingé son de mastering se pose une question : ce morceau sonne-t-il bien, partout, au bon volume ? Les étapes sont décrites dans l'article sur le mastering audio.
Sur un EP, une deuxième question s'ajoute. Quand le titre 2 s'arrête et que le titre 3 démarre, l'auditeur doit-il toucher au bouton de volume ? Si oui, quelque chose cloche. Le grave peut aussi sauter d'un morceau à l'autre, ou la voix passer devant puis derrière, parce que les mixages ont été faits à des moments différents, parfois dans des studios différents. Le mastering d'ensemble sert à gommer ces écarts-là.
En pratique, l'ingé son écoute d'abord tout le projet. Il choisit souvent un titre pilier, celui qui représente le mieux le son du disque, et le travaille en premier. Les autres sont ensuite réglés en comparaison avec lui, puis il réécoute les transitions, la fin de chaque morceau suivie du début du suivant.
Quel volume entre les titres d'un EP
Le malentendu le plus courant consiste à mettre tous les morceaux exactement au même niveau mesuré, au même nombre de LUFS. La ballade sonne alors trop fort à côté du titre énergique qui la précède. L'oreille attend qu'un morceau calme soit un peu plus bas. Sur la plupart des albums du commerce, les titres doux restent plus bas que les titres rapides, et personne ne s'en plaint.
Le bon repère est l'écoute en continu. On passe le disque dans l'ordre, sans toucher au volume, et chaque titre doit arriver à la hauteur qu'on attend de lui.
Les plateformes de streaming vont dans le même sens. Spotify ramène les morceaux vers -14 LUFS, mais quand on écoute un album en entier, il applique le même ajustement à tout le disque, de façon à conserver les écarts voulus entre les titres. En lecture aléatoire ou dans une playlist, chaque morceau est ajusté séparément. Un EP bien équilibré s'écoute donc correctement dans les deux cas, à condition que les écarts soient décidés au mastering plutôt que laissés au hasard.
Masteriser titre par titre : dans quels cas ?
Le titre par titre a du sens quand les morceaux sortent l'un après l'autre, sur plusieurs mois, comme une série de singles. Le budget aussi se répartit dans le temps. Rien n'empêche alors de réunir les titres en EP plus tard.
Le risque est de découvrir, au moment de les rassembler, que le troisième single est nettement plus brillant que le premier. Deux habitudes limitent ce risque. Faites masteriser tous les titres par la même personne. Et à chaque nouveau titre, renvoyez-lui les masters précédents comme référence, pour qu'elle règle le nouveau en les écoutant.
Si l'EP sort d'un coup, en revanche, il n'y a aucune raison de découper le travail. Envoyez tout en même temps.
Le single déjà sorti
Cas fréquent, un titre de l'EP est déjà en ligne depuis quelques mois, avec son propre master. Deux options se présentent.
La première consiste à garder ce master tel quel et à régler les autres titres autour de lui. C'est simple, et le single reste identique partout. Il faut alors l'envoyer à l'ingé son de mastering en WAV, avec le mix d'origine si vous l'avez, pour qu'il sache ce qu'il ne doit pas toucher.
La seconde consiste à le remasteriser avec le reste, depuis son mix. On le fait quand il détonne vraiment, par exemple parce qu'il a été poussé beaucoup plus fort que ce que l'EP demande. Dans ce cas, parlez-en aussi à votre distributeur avant la mise en ligne, pour savoir comment il gère une nouvelle version d'un titre existant.
Ce qui ne se rattrape pas au mastering
Le mastering d'ensemble rapproche des morceaux déjà mixés. Si la voix est très en avant sur deux titres et noyée sur le troisième, un égaliseur et un compresseur posés sur le mix stéréo ne la remettront pas à sa place sans abîmer le reste.
Deux recours existent alors. Le mastering par groupes de pistes, détaillé dans l'article sur le stem mastering, donne la main sur la voix, la batterie ou la basse séparément. Si l'écart est trop large, le titre qui s'éloigne du lot a besoin d'un nouveau mixage avant le mastering. Mieux vaut l'entendre dès les premières écoutes que découvrir le problème au troisième retour.
Les mixages faits par plusieurs personnes posent souvent cette question. Un morceau mixé il y a deux ans sur un autre système n'aura pas le même grave que ceux de cette année, et c'est la première chose qui saute aux oreilles en écoute continue.
Préparer l'envoi de tout l'EP
Le travail se prépare côté artiste, et quelques informations font gagner beaucoup de temps.
- Fixez l'ordre définitif des titres avant le mastering. L'ingé son règle chaque transition en fonction du morceau qui précède, et changer l'ordre ensuite peut l'obliger à revoir une partie du travail.
- Exportez tous les mix dans le même format, en WAV, à la même fréquence d'échantillonnage, sans limiteur sur la sortie. Le niveau exact importe peu, pourvu qu'aucun fichier ne sature.
- Nommez les fichiers avec leur numéro de plage et le titre définitif, bien orthographié (« 01 Le titre.wav »).
- Signalez les enchaînements particuliers. Si deux morceaux doivent se suivre sans coupure, ou si une intro est en réalité la fin du titre précédent, il faut le dire, car c'est le mastering qui découpe le fichier au bon endroit.
- Indiquez la destination. Le streaming seul ne demande pas la même livraison qu'un pressage CD ou vinyle ; pour un CD, l'usine demande souvent un fichier DDP, qui contient l'ordre et les blancs entre les titres. Renseignez-vous auprès d'elle avant le mastering.
- Joignez une ou deux références et ce que vous attendez de l'ensemble (« le même grave sur tous les titres », « que le titre 4 reste plus intime »).
Pendant les retours, écoutez l'EP en continu, dans l'ordre, au moins une fois sur chaque système d'écoute. Notez les remarques avec le numéro du titre et le minutage, et rassemblez-les en un seul message, comme pour des retours sur un mix. Une remarque sur un titre peut toucher les autres, puisque l'équilibre de l'ensemble en dépend.
Combien de temps et quel budget pour un EP
Quatre ou cinq titres prennent plus de temps qu'un single, mais moins que cinq singles masterisés séparément, puisque l'ingé son règle le son général une fois puis l'adapte. Chez moi, le premier rendu d'un mastering arrive en 3 jours ouvrés pour un morceau ; pour un EP, on fixe le délai ensemble au moment du devis, selon le nombre de titres. Chaque morceau garde ses 3 retours inclus, et le rendu final est livré en MP3 et en WAV. Les remises commencent à partir de deux morceaux, le détail est sur la page tarifs. Je travaille depuis un fichier stéréo par titre ou depuis des stems, et sans IA.


