Faire des retours sur un mix : la méthode pour les rédiger en une fois

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Pour faire des retours utiles sur un mix, écoutez le premier rendu en entier sans l'arrêter, réécoutez-le sur trois ou quatre systèmes en notant chaque remarque avec son minutage, décrivez ce que vous entendez plutôt que le réglage à faire, puis envoyez toute la liste en un seul message. Une remarque bien formulée se corrige en quelques minutes. Une remarque vague oblige l'ingé son à deviner, et la version suivante a des chances de rater la cible.

L'enjeu est concret. Un mixage comprend un nombre limité de retours (chez moi, trois par morceau, puis 30 € le retour supplémentaire), et chaque message envoyé au fil de l'eau peut en consommer un. Voici la méthode, dans l'ordre.

1. Laissez reposer la première écoute

Le jour où le mix arrive, vous avez le morceau dans l'oreille depuis des semaines, avec votre maquette. Tout ce qui diffère de cette maquette va d'abord sonner faux, même quand c'est mieux. C'est un effet d'habitude bien connu des musiciens, et il s'atténue après un peu de repos.

Faites une première écoute pour le plaisir, puis laissez reposer. Le lendemain, l'oreille fait la différence entre « c'est différent » et « ça ne va pas ».

2. Écoutez le mix au même volume que votre maquette

Le premier rendu d'un mixage arrive le plus souvent sans mastering, donc moins fort qu'un titre du commerce ou qu'une maquette poussée au limiteur. Or, à l'oreille, le plus fort semble toujours plus riche et plus percutant. Comparez au même volume, en baissant la maquette ou le titre de référence, sinon votre premier retour sera « ça manque de patate » alors que seul le volume manque. Ce volume final se règle au mastering, après le mix.

Si vous avez envoyé des titres de référence, gardez-les sous la main pour cette écoute. La façon de les comparer sans se tromper est détaillée dans l'article sur le morceau de référence pour le mixage.

3. Changez de système d'écoute

Un mix se juge sur plusieurs écoutes, parce que chacune montre autre chose :

  • un casque, pour les détails, les bruits, les sifflantes, les fins de reverb ;
  • des enceintes ou une chaîne hi-fi, pour l'équilibre général ;
  • la voiture, pour le grave et le niveau de la voix quand il y a du bruit autour ;
  • un téléphone, pour savoir si la voix et la mélodie principale tiennent sans grave.

Une remarque qui revient sur deux ou trois systèmes est solide. Une remarque entendue sur un seul doit être pondérée. Une basse qui gronde dans la voiture et nulle part ailleurs vient souvent de la voiture.

Au studio, je travaille au casque Beyerdynamic DT 770 PRO. Chez vous, l'important est d'écouter sur ce que vous connaissez bien, avec des morceaux dont vous savez comment ils sonnent sur ce système.

4. Notez chaque remarque avec son minutage

Écoutez avec un bloc-notes ou un fichier texte ouvert, et écrivez le minutage à chaque fois que quelque chose vous accroche. « Voix trop en retrait à 1:42, sur "je reviens" » se retrouve en deux secondes dans la session. « La voix est un peu loin au deuxième couplet » oblige à réécouter tout le couplet en cherchant ce que vous avez voulu dire.

Certains outils d'écoute permettent de poser les commentaires directement sur la forme d'onde, à la seconde près. C'est le cas de R-Send, l'outil que j'ai développé pour les échanges avec mes clients. Avec un lecteur ordinaire, la méthode du minutage écrit marche aussi bien.

5. Décrivez ce que vous entendez, avec les mots du mixage

La remarque la plus utile décrit un symptôme et un endroit. « Monte la voix de 2 dB » impose une solution, parfois la mauvaise ; le vrai problème est peut-être une guitare qui la masque. « La voix se perd quand la guitare rentre, à 0:58 » laisse l'ingé son choisir la bonne correction.

Pour décrire un son, quelques mots reviennent dans tous les studios, et ils correspondent à peu près à des zones de fréquences. Les fourchettes varient d'une source à l'autre, prenez-les comme des repères.

Ce que vous entendezLe mot qu'on emploieZone en cause, à peu près
Le grave déborde, tout semble gonfléboomy, ça grondesous 100 Hz
Le son est épais, flou, les instruments se mélangentboueux200 à 500 Hz
Le son semble sortir d'une boîte en carton« boîte », son de carton300 à 600 Hz
La voix sonne dans le neznasillardautour de 1 à 2 kHz
Ça agresse, ça fatigue l'oreille au bout d'un momentdur, agressif2 à 5 kHz
Les « s » et les « ch » piquentsifflantes5 à 10 kHz

Vous n'avez pas besoin de citer de fréquences dans votre message. Le mot juste suffit, et l'ingé son traduit. D'autres termes portent sur l'espace et la dynamique. Une voix « sèche » a peu de reverb, une voix « loin » semble placée derrière les instruments. Un mix « étroit » reste groupé au centre, un mix « écrasé » a perdu ses écarts de volume et sonne plat même fort.

Quand le mot manque, un titre de référence fait le travail à votre place. « La caisse claire comme dans tel morceau, à 0:30 » est plus précis que trois adjectifs.

6. Séparez le mixage de ce qu'il ne peut pas changer

Avant d'envoyer, relisez chaque remarque en vous demandant si le mixage peut la régler. Le volume, la place, la couleur, l'espace et les effets dépendent du mixage. Une note chantée fausse dépend de la justesse : elle se corrige au mixage quand l'ingé son la propose (je la propose en option), sinon il faut une nouvelle prise. Un refrain qui ne décolle pas parce qu'il a les mêmes instruments que le couplet relève de l'arrangement. Le mixage peut accentuer un contraste, il ne fabrique pas une partie de guitare absente.

Ces remarques gardent leur place dans votre message. Signalez-les simplement comme telles (« je sais que c'est la prise »), pour que l'ingé son vous dise ce qui est possible plutôt que de passer une heure à tenter l'impossible.

7. Triez la liste par ordre d'importance

Une liste de vingt remarques mélangées noie l'essentiel. Classez-les en deux groupes. D'abord ce qui vous empêcherait de sortir le morceau : la voix qu'on ne comprend pas, la basse qui disparaît sur téléphone, un effet qui ne correspond pas au style, une fin coupée trop tôt. Ensuite les détails, comme une respiration trop forte ou un écho qui traîne à la fin d'une phrase.

Ce tri sert aussi l'ingé son. Les grandes corrections changent souvent l'équilibre, et certains détails disparaissent avec elles. Il saura par quoi commencer.

8. Envoyez tout en une seule fois

Un message complet vaut un retour. Quatre messages de trois points peuvent en valoir quatre. Attendez donc d'avoir fait toutes vos écoutes, puis envoyez la liste triée, avec les minutages. Si plusieurs personnes donnent leur avis (le chanteur et le guitariste, par exemple), regroupez leurs remarques vous-même et tranchez les contradictions avant l'envoi. Deux demandes opposées dans le même retour ne laissent à l'ingé son que le choix de décevoir l'un des deux.

Le même soin, en amont, évite des retours. Le nombre réel de pistes et les références envoyés dès le départ, comme l'explique l'article sur le prix d'un mixage, donnent au premier rendu de bonnes chances de tomber juste.

Quand valider un mixage

La question vient tôt ou tard, souvent au troisième retour. Un mix est prêt quand vos remarques ne portent plus que sur des détails que vous n'entendez que sur un seul système, ou quand une retouche demandée fait regretter la version d'avant. À ce stade, on tourne en rond. Écoutez la dernière version à côté du premier rendu : si le chemin parcouru vous convient, validez.

Un signe trompeur mérite d'être connu. À force de réécouter le même morceau, l'oreille s'use et tout finit par sonner moyen. Si vous doutez de tout après la dixième écoute de la journée, arrêtez et reprenez le lendemain avec un autre morceau entre-temps. Si le doute persiste, reprenez votre liste à partir des bases d'un mixage équilibré (volumes, panoramique, égalisation, espace) et vérifiez chaque point sur la dernière version.

Une fois validé, le mixage part au mastering, qui travaille le volume final et la cohérence sur tous les systèmes. Les remarques de volume général que vous avez gardées de côté trouvent leur réponse à cette étape.