Compression audio : comment améliorer la dynamique de votre musique

Un compresseur baisse le son quand il dépasse un certain niveau. Les passages forts se rapprochent des passages faibles, on remonte le tout, et le son devient plus régulier : on entend désormais ses moments les plus discrets. C'est ce qui rend une voix intelligible du début à la fin, une basse égale, une batterie percutante. Mal réglé, le même outil écrase le son et le fait « pomper ».
La meilleure façon de comprendre les réglages, c'est de les toucher un par un sur un cas réel. Prenons la piste qui en a le plus besoin.
Le cas : une voix qui murmure le couplet et crie le refrain
Sans compression, certains mots du couplet disparaissent sous la musique, et le refrain passe devant tout. L'écart entre les deux, c'est la dynamique. Insérez un compresseur sur la piste et lancez la lecture sur le passage le plus fort.
Exagérer d'abord
Montez le ratio très haut et descendez le seuil (threshold) très bas. Le seuil, c'est le niveau à partir duquel le compresseur agit ; le ratio, sa force : à 4:1, un son qui dépasse le seuil de 4 dB n'en ressort qu'avec 1 dB de dépassement. En exagérant, vous entendez enfin ce que fait le compresseur, et les deux réglages suivants deviennent audibles.
Régler l'attaque en écoutant le début des mots
L'attaque est le temps que met le compresseur à réagir. Lente, elle laisse passer le début des syllabes, les consonnes, ce qui fait que la voix articule. Rapide, elle les attrape et lisse tout. Tournez en écoutant les attaques des mots, jusqu'à garder la netteté voulue. Sur une voix, une attaque moyenne est un bon départ.
Régler le relâchement sur le rythme des phrases
Le relâchement (release) est le temps qu'il met à relâcher. Trop court, le son tremble ; trop long, le compresseur ne relâche jamais entre deux phrases. Il doit respirer avec le morceau.
Revenir à des valeurs raisonnables
Redescendez le ratio vers 3:1 ou 4:1, puis remontez le seuil jusqu'à lire 3 à 6 dB de réduction de gain sur les passages forts. Cet indicateur, qui affiche de combien le compresseur baisse le son, est votre repère principal. Le genou (knee), s'il existe, règle la douceur de l'entrée en compression : doux, il sonne plus naturel.
Compenser et comparer
Remontez le volume avec le gain de sortie (makeup), puis comparez avec et sans compression au même volume. C'est l'étape qu'on saute le plus souvent, et la plus importante : un son compressé paraît toujours meilleur, simplement parce qu'il est plus fort.
Beaucoup d'ingénieurs n'utilisent d'ailleurs pas un compresseur fort sur une voix, mais deux doux à la suite : un rapide pour attraper les crêtes, un plus lent pour lisser le niveau.
Ce qui change sur les autres pistes
Sur une basse, on cherche la régularité : chaque note au même niveau, car c'est la fondation du morceau. Ratio de 4:1, attaque moyenne pour garder l'articulation.
Sur une grosse caisse ou une caisse claire, l'attaque lente devient un outil de son : elle laisse passer le claquement et compresse la résonance qui suit, d'où plus d'impact. Sur le bus de batterie, 1 à 3 dB suffisent pour que les éléments semblent jouer ensemble.
Sur le mix entier, 1 à 2 dB, ratio faible, attaque lente. Pas plus : le mastering s'occupe du reste. Le limiteur qu'on y place en dernier est d'ailleurs un compresseur poussé à l'extrême, ratio très élevé et attaque très rapide, qui empêche le son de dépasser un niveau.
Côté ordre, on nettoie généralement à l'égaliseur avant de compresser (coupe-bas, fréquences gênantes), pour que le compresseur ne réagisse pas à des sons inutiles. Un second égaliseur peut suivre.
Deux techniques à connaître
La compression parallèle mélange la piste d'origine avec une copie très compressée. On garde la dynamique naturelle et on ajoute de la densité ; c'est un classique sur la batterie et la voix. Beaucoup de compresseurs ont un bouton « mix » qui le fait directement.
Le sidechain fait déclencher le compresseur par une autre piste. Exemple courant : la basse qui baisse légèrement à chaque coup de grosse caisse pour que les deux ne se masquent pas. Poussé fort, c'est le pompage typique de l'électro.
Les signes qu'on a trop compressé
Le son est fatigant, sans relief, les nuances ont disparu. La batterie a perdu son claquement parce que l'attaque est trop rapide partout. Ou bien on a compressé une piste par réflexe, alors qu'elle n'avait aucun problème de dynamique. Dans le doute, reculez le seuil et comparez à nouveau au même volume.
Pour choisir l'outil lui-même (optique, FET, VCA), la sélection de plugins de compression indique lequel mettre sur quelle piste, avec des alternatives gratuites.


