Morceau de référence : comment le choisir et l'utiliser pour votre mixage

Un morceau de référence est un titre déjà sorti, proche du vôtre par le style et les instruments, dont le son ressemble à ce que vous voulez entendre à la fin du mixage. On l'écoute en alternance avec son propre mix, au même volume, pour savoir où l'on en est. Un ou deux titres bien choisis suffisent, à condition de savoir ce qu'on y cherche.
La référence sert deux fois. Quand vous mixez vous-même, elle remet vos oreilles à zéro : après deux heures sur le même refrain, on ne sait plus si la basse est trop forte ou si on s'y est habitué. Quand vous confiez votre morceau à un ingé son, elle remplace des mots trop flous. « Plus chaud », « plus large », « plus de patate », « un son plus pro » veulent dire des choses différentes pour chacun. Un titre et un minutage, eux, ne laissent pas de place au malentendu.
Le plus utile est de savoir pourquoi vous la choisissez. Voici ce qu'une référence permet de régler, élément par élément.
Pour placer la voix dans le mix
C'est la question qu'une référence tranche le mieux, et celle sur laquelle on se trompe le plus souvent seul. Écoutez le refrain de votre référence et demandez-vous si la voix est posée devant la musique, comme dans beaucoup de rap et de variété, ou fondue dedans, comme dans une bonne partie du rock et de la pop indé. Repérez aussi si elle est sèche, collée à l'oreille, ou entourée d'une réverbération qu'on entend traîner après chaque phrase.
Puis revenez sur votre mix au même endroit. Si votre voix demande un effort pour comprendre les paroles alors que celle de la référence s'entend sans y penser, le problème est trouvé, et il se règle souvent par la compression et l'égalisation plus que par le fader. Le cas particulier de la voix rap, face à une 808, est détaillé dans la méthode pour mixer une voix rap.
Pour le grave
Le grave est la partie du spectre que les pièces de home-studio trahissent le plus. Une chambre carrée peut faire gonfler certaines notes de basse et en avaler d'autres, si bien qu'on corrige un défaut qui n'existe que chez soi. Une référence que vous connaissez bien sur vos enceintes ou votre casque sert de repère : si elle sonne équilibrée chez vous et que votre mix paraît plus lourd au même volume, c'est votre mix qui déborde.
Écoutez surtout qui tient le bas. Dans certains styles, la grosse caisse frappe au-dessus et la basse remplit en dessous ; dans d'autres, une 808 occupe tout l'espace et la grosse caisse se contente d'un claquement. Choisir une référence qui fait comme vous évite de chercher un équilibre qui ne correspond pas à votre arrangement.
Pour l'espace et la largeur
Fermez les yeux sur la référence et situez chaque instrument. Les guitares sont-elles écartées à gauche et à droite ou regroupées au centre ? La batterie sonne-t-elle dans une grande pièce ou tout près ? Ce sont des choix de mixage, faciles à copier une fois qu'on les a entendus, et presque impossibles à décrire avec des mots.
Une vérification utile au passage : écoutez la référence en mono, puis votre mix. Si des éléments disparaissent chez vous et pas chez elle, c'est souvent un effet d'élargissement ou un doublage mal calé. Le panoramique et les effets d'espace sont repris dans l'ordre dans les bases du mixage audio.
Pour l'énergie et la dynamique
Reste l'impression générale. Le refrain de la référence explose-t-il par rapport au couplet, ou le morceau garde-t-il la même intensité du début à la fin ? Les coups de caisse claire claquent-ils ou sont-ils tassés ? C'est ici qu'il faut le plus se méfier, parce que la référence a été masterisée, et que votre mix ne l'est pas encore.
Un mix destiné au mastering doit garder de la marge et de la dynamique. Il paraîtra donc plus faible et un peu moins dense que la référence, et c'est normal. À ce stade, comparez les proportions et les contrastes ; le volume final se règle au mastering. Ce qui revient au mastering est expliqué sur la page différence entre mixage et mastering.
Choisir un morceau de référence pour son mixage
Le choix de départ compte plus que le temps passé à comparer. Quelques critères simples aident à le faire.
Le style et l'instrumentation passent avant le goût. Votre titre préféré peut être une mauvaise référence s'il a été produit avec un orchestre alors que vous avez une guitare et une voix. Cherchez un morceau avec à peu près les mêmes instruments et une densité comparable : un arrangement à quarante pistes et un guitare-voix ne se mixent pas de la même façon.
Prenez ensuite un titre que vous connaissez par cœur, et que vous avez écouté sur le système avec lequel vous travaillez. C'est ce qui permet de reconnaître immédiatement ce qui cloche chez vous.
Préférez une production assez récente si vous visez un son actuel. Un disque de 1975 a été mixé pour d'autres supports, et sa remasterisation a parfois changé son équilibre d'origine.
Enfin, une référence peut ne servir qu'à un élément. Rien n'empêche d'aimer la voix d'un titre et la batterie d'un autre. Au-delà de deux ou trois titres, en revanche, les indications se contredisent et l'on ne sait plus lequel suivre.
Comparer avec une piste de référence au même volume
Une oreille préfère presque toujours la version la plus forte, même quand elle sonne moins bien. Comparer un mix avec un titre masterisé sans ajuster le niveau revient donc à perdre d'avance. Avant de juger quoi que ce soit, baissez la référence jusqu'à ce que les deux paraissent aussi forts l'un que l'autre, au refrain par exemple.
Dans votre logiciel, importez le fichier de référence sur une piste qui sort directement vers vos enceintes, sans passer par les plugins de votre bus master, sinon la compression de votre mix agira aussi sur elle. Coupez-la à l'export. Si vous travaillez à partir d'un fichier téléchargé, prenez la meilleure qualité disponible : un extrait récupéré sur une vidéo a souvent perdu de l'aigu et peut fausser le jugement.
Sur Spotify, la normalisation du volume, quand elle est activée dans l'application, ramène les morceaux autour de -14 LUFS en réglage normal. Si vous écoutez votre référence dans l'application et votre mix à côté, pensez que le titre a déjà été baissé ou monté. Le plus fiable reste de comparer les deux dans le même lecteur, au même réglage de volume.
Alternez par courtes séquences, une dizaine de secondes de chaque côté, au même passage du morceau. Au-delà, l'oreille s'adapte et la différence s'efface.
Envoyer ses références à l'ingé son
Une référence envoyée seule laisse deviner ce qu'elle doit montrer. Accompagnée de deux lignes, elle devient une consigne. Pour chaque titre, indiquez :
- l'artiste et le titre, avec un lien d'écoute ;
- ce que vous y aimez, avec un minutage (« la voix au refrain, à 1:05 ») ;
- ce que vous ne voulez pas reprendre, s'il y a quelque chose (« la batterie est trop sèche pour moi ») ;
- ce qui diffère de votre morceau (tempo, instruments).
Envoyez-les avec vos pistes, au moment du premier échange. Une référence qui arrive après le premier rendu oblige souvent à revenir sur des choix déjà faits, et consomme un retour pour rien. Si vos pistes ne sont pas encore exportées, le guide de l'export multipiste explique comment les préparer.
La même logique vaut pour les remarques sur les versions suivantes. « La voix est trop forte à 2:14 » se corrige en quelques minutes ; « je ne la sens pas » demande d'abord une conversation.
Quand la référence induit en erreur
Une référence montre une direction. Le résultat dépend aussi de ce qui a été enregistré. Un chanteur enregistré dans une cabine traitée avec un micro à plusieurs milliers d'euros ne sonnera pas comme une voix prise dans un salon, quel que soit le mixage. L'écart se réduit beaucoup, il ne disparaît pas toujours, et c'est la raison pour laquelle la qualité des prises compte autant que le choix des plugins.
L'arrangement pèse aussi. Si la référence remplit son refrain avec deux guitares et des chœurs, et que le vôtre n'a qu'une guitare de plus qu'au couplet, le mixage rendra le contraste plus net ; il ne fera pas apparaître des instruments absents.
Dernier piège, la référence qu'on change en cours de route. Si un nouveau titre vous plaît au moment du deuxième retour, demandez-vous s'il va dans le même sens que le premier. Sinon, mieux vaut en parler franchement avec l'ingé son que de demander, version après version, de petites retouches qui tirent dans deux directions.


